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mardi 12 janvier 2010

Eloge de la désobéissance

Rony Brauman, Eyal Sivan, " Éloge de la désobéissance. À propos d'« un spécialiste » Adolf Eichmann

Paris, Éditions Le Pommier, 2006, 180 p.

Yves Chevalier
L'une des questions les plus lancinantes qui reviennent périodiquement à travers études et réflexions, est celle de savoir par quels mécanismes, quels enchainements de facteurs, des hommes (ou des femmes) ayant atteint un niveau normal d'éducation et que rien, apparemment, ne distinguait de leur voisins, ont pu prendre part, activement, à l'extermination de millions d'êtres humains ? Raul Hilbert a parlé d'une division du travail bureaucratique ; Stanley Milgram a expérimenté en laboratoire un dispositif de « soumission à l'autorité ». Surtout, lors du procès d'Adolf Eichmann qui s'est tenu à Jérusalem en 1961, Hannah Arendt a écrit, à partir de ce qui n'était à l'origine qu'un compte rendu du procès pour un quotidien américain, un ouvrage de réflexion sur « la banalité du mal » et l'engrenage des petites décisions.

Rony Brauman, président de Médecins sans frontières de 1982 à 1994, professeur associé à l'École des Sciences politiques de Paris, et Eyal Sivan, cinéaste, ont produit un film : « Un spécialiste » (dont le script est donné en seconde partie de cet ouvrage). Film documentaire, réalisé à partir des archives vidéo du procès d'Eichmann, qui cherche à poser le problème de la responsabilité face à un ordre injuste. Le découpage et le montage d'un tel film est déjà une prise de position ; dans la centaine de pages qu'ils proposent ici, les auteurs approfondissent leur réflexion. Ils ne se limitent pas au récit des difficultés qu'ils eurent à surmonter pour aboutir au film, ils expliquent aussi ce qu'ils ont voulu faire, les raisons de ce film et les principes qui les ont guidés dans leur choix. En cela, l'ouvrage – réédité ici en format de poche – n'est pas seulement un plaidoyer, mais une réflexion sur l'histoire et la manière de la transmettre.

Pour citer cette recension

Yves Chevalier, « Rony Brauman, Eyal Sivan, Éloge de la désobéissance. À propos d'« un spécialiste » Adolf Eichmann », Archives de sciences sociales des religions, 136 (2006) - Les Archives... cinquante ans après, [En ligne], mis en ligne le 12 février 2007. URL : http://assr.revues.org/index3877.html. Consulté le 12 janvier 2010.Source Yves Chevalier


vendredi 25 décembre 2009

LA BOETIE – Discours de la servitude volontaire



LA BOETIE – Discours de la servitude volontaire
Olivier Gaiffe


La Boétie - Discours de la servitude volontaire

À 18 ans, Étienne de La Boétie fut le premier à s’étonner de la structure pyramidale du pouvoir, et à analyser les principes de la domination des peuples par un seul, ou par une poignée d’hommes.

S’il est vrai que la tyrannie est ce dans quoi la démocratie menace le plus de verser, ce bref essai écrit en 1549 peut être regardé par les peuples de nos démocraties modernes comme une invitation perpétuelle à la vigilance à l’égard du pouvoir ; et ses problèmes et ses concepts, comme des outils indispensables pour une démocratie sans cesse à régénérer.
Discours de la servitude volontaire (mp3)

voix : Olivier Gaiffe

l’audiolivre en intégralité ci-dessous

Audiolivre : La Boétie Discours de la servitude volontaire

Cette entrée a été publiée le 21 mars 2009 à 7:21 et est en lien avec Audiolivres, Philosophie, Politique. Vous pouvez suivre toutes les réponses à cet article à l'aide du flux RSS 2.0. Vous pouvez passer à la fin et laisser une réponse. Envoyer un ping n'est pas actuellement autorisé.

Mes remerciements à Olivier Gaiffe pour cette importante contribution. PP.

Désobéir à Vichy



Alors que Nancy allait être frappée par la rafle du 19 juillet 1942, 7 policiers du "Service des Etrangers" sauvent près de 350 juifs...


Tandis que d'autres procédèrent sur grande échelle à des arrestations de juifs puis, après la libération, se montrèrent tout fiers de porter néanmoins la fourragère de la résistance, sept policiers de Nancy sont entrés dans l'histoire des Justes de France. Or, tous appartenaient au même "Service des Etrangers", donc avaient été mis en première ligne, par Vichy, pour appliquer les lois racistes de l'Etat français et pour collaborer avec les nazis.

Ces Justes avaient pour noms (1) :
Edouard Vigneron, Pierre Marie, Charles Bouy, Henri Lespinasse, Charles Thouron, Emile Thiébault et François Pinot.

Dans son "Livre des Justes" (2) Lucien Lazare décrit sur les pages 70 et 71 les circonstances précises qui virent ces policiers du "Service des Étrangers" le transformer en "Service de sauvetage d'Etrangers", de juifs, promis à la déportation :

- "Edouard Vigneron, chef du service des étrangers, et son adjoint Pierre Marie avaient cinq hommes sous leurs ordres. Ils connaissaient personnellement les juifs qui devaient être arrêtés. Ils les recevaient au commissariat pour la régularisation de leur situation, et tenaient leurs dossiers à jour. Edouard, âgé de près de soixante ans, avait une longue expérience de "ses" administrés. Ils avait choisi de leur faire confiance, leur prodiguait des conseils et évitait les tracasseries. Ils n'en avait jamais éprouvé de déconvenue. Le 18 juillet 1942, il apprit que la rafle devait avoir lieu le lendemain à l'aube. Ils ne tarda pas à se décider. Ils convoqua par téléphone au commissariat tous ceux qu'il put joindre. Afin d'alerter les autres, il chargea Pierre Marie d'envoyer les agents du service. Charles Bouy raconte : "Notre chef Marie nous a rassemblés. La situation est grave, les petits, nous a-t-il dit." Jérôme Scorin, l'un des rescapés, témoigne : "Je me suis présenté le 18 au commissariat, dans le service de M. Vigneron. Il m'a remis une fausse-vraie carte d'identité, au nom de Hubert Hiebel, né à Metz. Grâce à quoi je suis parti en zone sud, à Lyon." Henri Kricher, vingt-deux ans, et son frère âgé de quatorze ans, furent conduits, solidement encadrés par deux agents, à la gare de Nancy, et placés dans un train. A quelques secondes du départ, les agents leurs remirent des billets pour Dijon et de fausses cartes d'identité, avant de disparaître."

Patrick Volson s'est inspiré de ces faits on ne peut plus authentiques, pour réaliser en 2006 une fiction de 1h45 mn : "Le temps de la désobéissance". Depuis, ce film a décroché le Prix du meilleur scénario et le Grand Frix de la fiction au Festival international du film de télévision de Luchon.



Affiche du film (DR)


Ce 31 janvier à 20h au Cinéma des Carmes à Orléans, le CERCIL (3) propose une projection de ce "Temps de la désobéissance". A noter que l'entrée est libre sur présentation d'une invitation remise par le CERCIL : 02 38 42 03 91 et http://www.blogger.com/cercil@wanadoo.fr.

A l'issue de la projection, il est prévu une intervention attendue de Jean-Marie Muller. Auteur de "Désobéir à Vichy : la résistance civile de fonctionnaires de police" (4), cet historien décrira les rôles tenus par la police française dans la persécution des juifs.


NB :
(1) Une délégation de Nancy s'est rendue au Mémorial de Yad Vashem, le 19 juillet 2007 pour fleurir les arbres et les plaques de ces Justes. Une séquence vidéo en témoigne sur infolive.tv.

(2) Editions J-C Lattès, 1993.

(3) CERCIL : Centre d'Etude et de Recherche sur les Camps d'internement du Loiret (Beaune-la-Rolande, Pithiviers et Jargeau) et la déportation juive. Si votre intérêt ne vous y a pas encore porté, Vous êtes invité(e) à prendre connaissance du portail de ce Centre dont les publications participent à un travail de mémoire exceptionnel.

(4) Ed. PU Nancy, 1994.
Couverture de l'ouvrage de J-M Muller (DR)

samedi 19 décembre 2009

24h sans nous !


Manifeste du Collectif « La journée sans immigrés : 24h sans nous ! ».

Faisons du 1er mars une journée historique.

Nous, femmes et hommes, de toutes croyances, de tous bords politiques, et de toutes couleurs de peaux, immigrés, descendants d’immigrés, citoyens conscients de l’apport essentiel de l’immigration à notre pays, en avons assez des propos indignes tenus par certains responsables politiques visant à stigmatiser ou criminaliser les immigrés et leurs descendants. Rappelons qu’un immigré est celui qui est perçu comme tel par les autres au-delà même de ses origines. Nous voulons nous réapproprier et réhabiliter ce terme devenu péjoratif par la force de l’instrumentalisation politique.

Nous refusons les stéréotypes véhiculés qui menacent notre cohésion sociale. Nous refusons que les bienfaits passés, présents et futurs des immigrés qui ont toujours construit la France soient ainsi niés d’un trait. Et entendons par ailleurs qu’il nous appartient de les mettre en valeur.

Les immigrés et descendants d’immigrés ont manifesté à maintes reprises pour défendre leurs droits. Et en retour, ils n’ont reçu que mépris ! Aujourd’hui, puisqu’il est convenu que « la consommation est le moteur de la croissance », nous voulons agir sur ce levier pour marquer notre indignation.

Le 1er mars 2005 est entré en vigueur le «code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile» (CESEDA), plus communément appelé le code des étrangers. Cette loi symbolise une conception utilitariste de l’immigration, en d’autres termes, une immigration choisie sur critères économiques. Nous ne pouvions trouver de meilleur jour pour appeler à « une journée sans immigrés ». Nous, immigrés, descendants d’immigrés, citoyens conscients de l’apport de l’immigration à notre pays, sommes tous des consommateurs et nous participons quotidiennement à la croissance de notre pays.

Notre action citoyenne a pour objectif la mise en valeur de l’apport de chacun d’entre nous à la prospérité générale. Nous avons tous le pouvoir d’agir sur notre avenir alors, prenons-le !

Le 1er mars 2010 : Agissons en cessant de consommer et/ou de travailler.

Durant 24 heures, participons à la non-activité économique dans les entreprises, dans les associations, dans la fonction publique, dans les écoles et les lycées, dans les universités, dans les hôpitaux, dans les associations, dans les commerces, dans l’industrie, dans le bâtiment, dans l’agriculture, dans les services, dans les médias, dans la politique…

Pour la première fois en France, nous décidons de ne pas participer à la vie de la Cité. Par cette absence, nous voulons marquer la nécessité de notre présence

lundi 14 décembre 2009

L'appel à la Désobéissance civile des Psys

Le Front du Refus et l'appel à la Désobéissance civile des Psys


Jacques-Alain MILLER, responsable de l'Ecole de la Cause Freudienne, gendre de Jacques LACAN en a appelé à la Désobéissance civile face à l'amendement ACCOYER ( l'actuel Président de l'Assemblée Nationale, alors député UMP de Haute - Savoie)
Retour sur les évènements: les forums Psys à la Mutualité et un peu partout en
France où une mobilisation eut lieu avec plus ou moins de succès médiatique.
. On ne connait pas chez les psychanalystes de penchants particuliers pour la violence envers l'autre. Issus pour les uns du mouvement trotskystes ou de la Gauche prolétarienne dans la mouvance de 68 ( Gérard Miller...) ils ont troqué leurs "armes"idéologiques d'une révolution du Grand Soir et par procuration pour rejoindre un " Maître" Jacques Lacan - même si ce dernier s'en est toujours défendu - L'écoute, la parole, la " révolution intérieure", la recherche de son point de vérité dans le procès de la cure analytique se sont substitués aux discours incantatoires et insurrectionnels. Au cœur même des émeutes de l 'époque cette "Jérusalem céleste" n'est jamais advenue. Et Lacan de proclamer dans ce brouhaha ambiant et à contre - courant sa théorie des 3 discours dont celui du Maître : " Ce que vous voulez, c'est un Maître, hé bien continuez et vous l'aurez !" . De Gaule revint. Et un nouvel ordre avec. Lacan a vu juste : " "la psychanalyse et une convention de dialogue" ou encore " quand la parole se défait commence la violence". Refuser la violence ce n'est pas néanmoins refuser l'action, ce n'est pas fuir le conflit en demandant que face à l'injustice et la violence, le sujet demanderait qu'on l' épargne au nom d'un idéal de pureté. Au contraire, se soustraire à l'utilisation de la violence comme moyen d'expression et d'action, c'est faire face au conflit voire le provoquer sur la place publique et rechercher toutes les voies de la médiation, de la négociation, de l'information auprès du plus grand nombre. Et ne rien lâcher. Effet auquel l'action violente ne peut prétendre, attirant et attisant les médias sur elle-même et non pas sur la cause qu'elle veut défendre. Pour le plus grand nombre " les casseurs sont toujours les payeurs " à Clichy sous bois comme ailleurs. La violence agit comme un écran de fumée entre la fin et les moyens. Inlassablement Jacques-Alain MILLER fut cet artisan du conflit, de la médiation contre la première des violences faites aux Psys : la mise en coupe réglée de la " santé mentale" pour au travers d'une loi issue des spéculations et des groupements d'intérêts auquel Monsieur ACCOYER appartient, ne confier qu'aux seuls médecins généralistes, psychologues et psychiatres dont aucune des formations n' avalide une capacité à l'exercice de l'écoute psychique et pour le moins pas au métier de psychanalyste. Qui serait ce grand Évaluateur à même de mesurer votre inconscient? Et vous décerner les lauriers du label "psy"?
Il aura fallu donc entrer " en désobéissance civile" face au désordre établi.
Petit point sémantique issu de la doctrine freudienne. Il est toujours difficile de définir en psychanalyse un concept par ce qu'il n'est pas : "non"-violence, l'inconscient ne connaissant pas le négatif, ce signifiant ne figure pas dans le déclaratif freudien et lacanien. La correspondance Freud-Einstein : " Pourquoi la guerre ?" ne pose en aucune manière " Comment la Paix". Freud en reste au constat inévitable, fatal, de la pulsion et Einstein se mord la langue de l'utilisation détournée de ses découvertes. Le Pacifisme ainsi exprimé ne propose aucune alternative, sinon que décidément la guerre c'est pas bien ! C'est au philosophe David H. Thoreau " la Désobéissance civile" et à Étienne de La Boétie " De la servitude volontaire" que s'est forgée dans un nombre très important de luttes :" la désobéissance civile " avec succès. Pour poursuivre ce petit envoi, je propose à votre lecture, votre opinion et je l'espère vos commentaires cet article des " Lettres Françaises " dont vous trouverez en bas de page le nom de son auteur. Qu'il en soit remercié.

Patrick POUYAUD

Petite Histoire de la Désobéissance

- Sur les docks par Pierre Chevalier (coordination) du lundi au vendredi de 16h à 17h sur France Culture. Un documentaire de Simon Guibert et Yvon Croizier.
 

"Désobéir ? Oui, mais comment ? Pour la philosophe américaine Hannah Arendt, « les campagnes de désobéissance civile bien organisées peuvent avoir une efficacité remarquable pour obtenir les modifications juridiques que l’on peut estimer désirables. » Pour la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui accompagne la constitution du 24 juin 1793, « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs » (article 35). Et l’on ne parle pas de Socrate buvant la ciguë ni de Suicide mode d’emploi, forme ultime de désobéissance… Ce « Sur les docks » ébauche une histoire non-exhaustive de la désobéissance depuis 1945, brisant parfois cette évocation forcément incomplète pour laisser la parole à ceux qui en ont fait l’expérience. De la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale au « Manifeste des 121 », de mai 68 au démontage du restaurant Mac Donald de Millau, de la désobéissance d’un haut fonctionnaire à la pétition des cinéastes contre les lois Debré de 1997…"
Avec :
- François Barré, ancien président du Centre Georges Pompidou, président des Rencontres photographiques d’Arles ;
- José Bové, syndicaliste, paysan ;
- Gilles Luneau, journaliste-écrivain ;
- Jean-Marie Muller, philosophe, co-fondateur du Mouvement pour une Alternative Non-Violente ;
- Gérard Mordillat, écrivain, cinéaste.

- La voix de Dyonis Mascolo, écrivain. Des archives de l’INA
- Producteur coordonnateur : Alexandre Héraud
- Producteur délégué : Simon Guibert
- Réalisation : Yvon Croizie