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lundi 26 avril 2010

au-delà du Principe de violence : de la théorie des pulsions, au désir mimétique

La violencia no! : au-delà du Principe de violence : de la théorie des pulsions, au désir mimétique

Article publié par Patrick Pouyaud, traduit en espagnol par Margarita ( qu'elle en soit remerciée ) pour ses amis colombiens.

samedi 27 mars 2010

La violence et le sacré : Sommaire

Essais sur le mimétisme

Sept oeuvres littéraires et un film revisités à la lumière de la théorie de René Girard
(L¹Harmattan, 2002. Prix : 18,30 euros)
par Olivier Maurel



René Girard a profondément renouvelé la vision des origines de la culture humaine, de l¹hominisation elle-même. En mettant l¹accent sur la tendance des hommes à s¹imiter mutuellement et surtout à imiter mutuellement leurs désirs, il a montré que le mimétisme est source de rivalité et de violence. Cette violence, quand elle devient collective, converge sur une victime unique, sur un bouc émissaire. De la reproduction de la mise à mort de cette victime naissent les sacrifices, les mythes, les interdits, c¹est-à-dire les bases de toute culture humaine. C¹est ainsi la violence, mais une violence inavouée, dissimulée par des mythes mensongers, qui est la base de toute culture, de toute société.
C¹est dans la grande littérature que René Girard a découvert le rôle joué par le mimétisme. Les grands écrivains ont su, en effet, mettre à jour l¹importance de ce phénomène bien avant les sciences humaines et bien avant René Girard lui-même.
Les Essais sur le mimétisme d¹Olivier Maurel s¹inspirent des ouvrages d¹analyse littéraire de René Girard. Olivier Maurel, au cours de sa carrière de professeur de lettres a constaté que la théorie de René Girard était une clé remarquablement efficace pour ³ouvrir² les grandes oeuvres de la littérature et en révéler des aspects inconnus.
Quand on lit Roméo et Juliette de Shakespeare ou Phèdre de Racine à la lumière de la théorie du mimétisme, on y découvre des oeuvres bien différentes de la lecture qui en est faite habituellement. Là où l¹on voyait des héros victimes de coups de foudre passionnels, on découvre des personnages dont l¹amour, loin d¹être spontané, est commandé par les lois mimétiques du désir dont les conséquences sont inéluctablement violentes. De même, Candide de Voltaire, Les Liaisons dangereuses de Laclos, Lorenzaccio de Musset et L¹Education sentimentale de Flaubert, sont des oeuvres emportées par le dynamisme de la violence mimétique. Le mimétisme concerne aussi bien l¹amour que la politique, ou encore la littérature elle-même qui, chez Musset et Flaubert, devient aussi source d¹imitation et donc d¹aliénation de soi.
Et la théorie du mimétisme ne permet pas seulement de découvrir des aspects particuliers des oeuvres mais ce qui fait leur unité et leur continuité. L¹histoire de Candide, par exemple, commence par la destruction mimétique d¹une société et se termine par la fondation d¹une nouvelle micro-société après l¹expulsion d¹un bouc émissaire.
La théorie du mimétisme n¹est pas seulement un instrument d¹analyse littéraire. Elle est aussi le révélateur des sources les plus profondes de la violence. C¹est pourquoi le livre d¹Olivier Maurel n¹en reste pas à la simple analyse de drames ou de romans mais se termine sur des propositions concrètes concernant l¹éducation.
Il propose aussi aux enseignants en lettres et aux étudiants une grille de lecture qui peut les aider à analyser les oeuvres au programme des examens et des concours.
Olivier Maurel
Essais sur le mimétisme
Table des matières
Introduction
I - René Girard et la théorie du mimétisme
Qui est René Girard?
La théorie de René Girard

II - Roméo et Juliette, ³légende d¹or² ou ³vile rhapsodie²

A - Le conflit collectif
B - Amour et mimétisme
1 - L¹amour de Roméo pour Juliette
2 - L¹amour de Juliette pour Roméo
3 - L¹amour et la mort
4 - Mars et Vénus
C - Les singularités de l¹intrigue

Conclusion
III - Phèdre, en proie à Vénus ou à la mimesis?

I - L¹arrière-plan de violences collectives
Mise à mort et réconciliation
Le conflit dynastique
II - Passions amoureuses et mimétisme
Thésée

Phèdre et Aricie, ou l¹enchevêtrement
mimétique
Hippolyte, modèle-obstacle
Oenone

III- Effets des passions mimétiques
Les doubles
Les monstres
Le labyrinthe
IV - Hippolyte, victime d'un meurtre collectif?
V - Racine démythificateur
D'Euripide à Racine
Une démythification partielle
Conclusion

IV - Candide ou...le mimétisme.
Le mimétisme originel
Candide, victime émissaire et héros mimétique
Pangloss et l¹optimisme
Le déchaînement de la violence mimétique
L'indifférenciation et les doubles
Confusion des valeurs et transgressions
Les Oreillons : un chapitre-clé
Les étapes du renoncement au désir
Le travail différenciateur
Candide, mythe fondateur
Le diable en ce jardin
Voltaire, un optimiste converti
V - Les Liaisons dangereuses ou le masque et le visage.
Société et conformisme dans les Liaisons
Être et paraître
Madame de Merteuil
Valmont
Madame de Tourvel
Du masque au visage

VI - Lorenzaccio ou la spirale du mimétisme
1 - La situation politique et sociale
2 - Les métaphores de la crise mimétique
3 - Lorenzo dans la spirale du mimétisme
Lorenzo et la médiation externe
Lorenzo et la médiation interne
4 - Musset et son personnage
5 - La source du mimétisme de Lorenzo

VII - L¹Education sentimentale ou l¹encyclopédie du mimétisme
Mimétisme social
Mimétisme verbal
Mimétisme littéraire
Mimétisme historique et politique
Mimétisme sentimental
La crise mimétique et l¹innocent sacrifié
Le roi sacrifié
Mimétisme du passé personnel
Conclusion
VIII - Le Moulin de Pologne (Giono)
entre mythe et roman
La malédiction des Coste
La persécution collective
Les raisons de la persécution
M. Joseph ou l¹antimimétisme
Conclusion
IX - Zelig (Woody Allen) ou le mythe du mimétisme
Résumé Zelig, un mythe moderne
Le mimétisme d¹après Zelig
Les causes du mimétisme
Conclusion

Conclusion générale

Pour une modification de la théorie du mimétisme à la lumière de l¹oeuvre d¹Alice Miller Un apport de la ³vérité romanesque²
L¹apport d¹Alice Miller
Bible et violence éducative
Pour une révision du schéma girardien de l¹évolution de l¹humanité
Comment sortir du cycle de la violence?
Annexe - Grille de lecture pour l¹étude
du mimétisme dans les oeuvres littéraires

lundi 21 décembre 2009

La Violence de l'Argent - Roi

Témoignage au Procès de l'Argent-Roi (Festival Camino
2009)
11 juillet 2009
Les 12 et 13 juin, Jean-Marie MULLER, porte-parole du MAN, témoignait au procès de l’argent-roi lors du Festival Camino, à Tournefeuille.

Sa plaidoirie est désormais en ligne sur le site du MAN. Face à la culture de l'argent-roi qui est aussi celle de la violence, il est urgent de promouvoir la culture de la paix et de l'argent serviteur ! Quelques extraits :

"Monsieur le Président, je voudrais structurer mon témoignage autour de deux thèmes essentiels : d’une part la violence de l’argent-roi et l’argent-roi de la violence."

La violence de l'argent

"Nul, s’il est de bonne foi, ne saurait nier que l’argent-roi est directement responsable de multiples violences à travers le monde."

"C’est vrai que la monnaie a été crée pour permettre l’échange de biens et de services entre les hommes. Cet échange, ce commerce, entre les hommes est l’un des fondements de leur vivre ensemble. Tant que l’argent reste au service de cet échange, il remplit une fonction sociale indispensable à la vie de la cité. Mais cet argent dont chacun d’entre nous a besoin pour vivre dans la dignité, ce n’est pas l’argent-roi, c’est l’argent-serviteur."

"Monsieur le Président, j’entends dénoncer devant votre tribunal l’idéologie du profit qui structure le libéralisme économique. Cette idéologie du profit rend un culte servile à l’argent-roi. Ce que le crise financière, qui vient de secouer nos sociétés, à montré, c’est précisément la faillite des puissances d’argent qui se sont avérées incapables d’organiser l’économie selon les exigences de la justice. Oui, l’argent-roi fait violence au peuple des pauvres. Le règne de l’argent renie chaque jour les valeurs de la République inscrites dans la pierre au fronton de ce tribunal. L’argent-roi maltraite la liberté. L’argent-roi bafoue l’égalité. L’argent-roi outrage la fraternité."

l'argent de la violence

"C’est un fait que nul ne peut contester : nos sociétés consacrent une quantité d’argent illimitée pour fabriquer des armes de destruction, des armes de mort."

"La question centrale posée par les ventes d'armes, et elle est éminemment politique, est de savoir s'il existe des méthodes alternatives aux armes de la violence pour résoudre les conflits. Cette question concerne à la fois la politique de défense du pays qui vend des armes et celle du pays qui en achète. Face aux impasses auxquelles la course aux armements risque de conduire tous les peuples, il est raisonnable de penser que la réponse à cette question doit être recherchée dans l'expérimentation des stratégies de l'action non-violente. L'urgence est donc d'investir dans cette recherche."


Face à la culture de l'argent-roi, la culture de la non-violence

"Malheureusement, c’est un fait incontestable que l’argent-roi s‘est toujours montré généreux, audacieux, courageux, impétueux pour financer la préparation de la guerre et que, dans le même temps, il s’est montré parcimonieux, avaricieux, lésineux, cupideux pour financer la préparation de la paix."

"Lors de sa séance plénière du 15 juin 2007, l’Assemblée générale des Nations Unies nous a invités à célébrer chaque année la Journée internationale de la non-violence. Cette journée a été fixée au 2 octobre qui se trouve être la date anniversaire de la naissance de Gandhi qui est né en effet le 2 octobre 1869. Ce qui est remarquable, c’est que la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies instaurant cette journée affirme, je cite, "la pertinence universelle du principe de non-violence".

"Ma profonde conviction, Monsieur le Président, c’est que le développement de la culture de la non-violence est de nature à assécher les racines des multiples violences de l’argent jusqu’à les faire dépérir. Que le développement de la culture de la non-violence peut priver l’argent-roi de toutes les collaborations dont il a besoin pour assurer son empire sur nos sociétés. Que le développement de la culture de la non-violence peut libérer l’humanité de l’oppression que le règne de l’argent fait peser sur elle."

Jean-Marie Muller
Festival Camino
juin 2009


Lire la plaidoirie complète sur le site du MAN

samedi 19 décembre 2009

I have a dream MLK

24h sans nous !


Manifeste du Collectif « La journée sans immigrés : 24h sans nous ! ».

Faisons du 1er mars une journée historique.

Nous, femmes et hommes, de toutes croyances, de tous bords politiques, et de toutes couleurs de peaux, immigrés, descendants d’immigrés, citoyens conscients de l’apport essentiel de l’immigration à notre pays, en avons assez des propos indignes tenus par certains responsables politiques visant à stigmatiser ou criminaliser les immigrés et leurs descendants. Rappelons qu’un immigré est celui qui est perçu comme tel par les autres au-delà même de ses origines. Nous voulons nous réapproprier et réhabiliter ce terme devenu péjoratif par la force de l’instrumentalisation politique.

Nous refusons les stéréotypes véhiculés qui menacent notre cohésion sociale. Nous refusons que les bienfaits passés, présents et futurs des immigrés qui ont toujours construit la France soient ainsi niés d’un trait. Et entendons par ailleurs qu’il nous appartient de les mettre en valeur.

Les immigrés et descendants d’immigrés ont manifesté à maintes reprises pour défendre leurs droits. Et en retour, ils n’ont reçu que mépris ! Aujourd’hui, puisqu’il est convenu que « la consommation est le moteur de la croissance », nous voulons agir sur ce levier pour marquer notre indignation.

Le 1er mars 2005 est entré en vigueur le «code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile» (CESEDA), plus communément appelé le code des étrangers. Cette loi symbolise une conception utilitariste de l’immigration, en d’autres termes, une immigration choisie sur critères économiques. Nous ne pouvions trouver de meilleur jour pour appeler à « une journée sans immigrés ». Nous, immigrés, descendants d’immigrés, citoyens conscients de l’apport de l’immigration à notre pays, sommes tous des consommateurs et nous participons quotidiennement à la croissance de notre pays.

Notre action citoyenne a pour objectif la mise en valeur de l’apport de chacun d’entre nous à la prospérité générale. Nous avons tous le pouvoir d’agir sur notre avenir alors, prenons-le !

Le 1er mars 2010 : Agissons en cessant de consommer et/ou de travailler.

Durant 24 heures, participons à la non-activité économique dans les entreprises, dans les associations, dans la fonction publique, dans les écoles et les lycées, dans les universités, dans les hôpitaux, dans les associations, dans les commerces, dans l’industrie, dans le bâtiment, dans l’agriculture, dans les services, dans les médias, dans la politique…

Pour la première fois en France, nous décidons de ne pas participer à la vie de la Cité. Par cette absence, nous voulons marquer la nécessité de notre présence

mardi 15 décembre 2009

Les héros inutiles

Adolfo Perez Esquivel
Les héros inutiles et les guerres contre nulle part.

11 novembre 2009

- Adolfo Perez Esquivel, leader non-violent en Amérique du sud, prix Nobel de la Paix s'exprime de manière poignante sur les "guerriers inutiles" militaires européens ou américains partis combattre "on ne sait quoi", sur la mort de milliers de civils, absentes des statistiques officielles : on ne "peut pas continuer d’envoyer des soldats pour tuer et détruire d’autres peuples. Ce n’est pas juste ; c’est immoral et c’est une offense à l’humanité toute entière".

Combien de soldats nord-américains, britanniques ou de n’importe quel autre pays sont morts dans les guerres contre l’Afghanistan et l’Irak ?... Combien d’autres devront mourir encore avant de terminer ces deux guerres ?...

En fait, on compte seulement les morts des pays envahisseurs mais on ne dit rien des morts des pays envahis, ni de ceux de la résistance afghane et irakienne. On reste silencieux aussi sur la mort de milliers de femmes et d’enfants et sur les populations dévastées par les destructions et par le saccage par l’OTAN du patrimoine de l’humanité et des ressources de ces deux pays.

Toutes ces destructions et ces morts se font au nom de la « liberté », de la « démocratie » afin de libérer ces pays de la dictature quand cela convient aux « libérateurs ». L’OTAN est l’alliée des Etats-Unis, comme elle a été l’alliée de Saddam Hussein, utilisé dans la guerre contre l’Iran.

Le Premier Ministre britannique, Gordon Brown, a rendu les honneurs posthumes aux 221 soldats morts dans la guerre contre l’Afghanistan et... il s’est engagé à envoyer davantage de soldats dans ce pays. Les Etats-Unis rendent hommage aux soldats morts dans les guerres qu’ils mènent dans plusieurs parties du monde. Les veuves et les familles des soldats morts recevront une médaille et une pension pour oublier ces vies qui viendront s’ajouter aux pages des héros inutiles de toutes ces guerres menées vers nulle part. Des guerres qui servent seulement à vendre des armes et à renforcer le complexe militaro-industriel et les intérêts hégémoniques de l’empire.

Les coûts en vies humaines et la destruction des autres peuples ne sont pas pris en compte dans l’agenda comptable du Pentagone, de la CIA et du Département d’Etat, ni dans celui des autres pays de l’OTAN engagés dans les conflits armés. La complicité des monopoles d’information est, elle aussi, effrayante et hypocrite.

Dans la mythologie grecque, Sisyphe, dieu de l’Olympe fut châtié par Zeus, le Dieu Suprême. Il devait porter sur ses épaules pendant toute l’éternité une grosse pierre qu’il devait amener jusqu’au sommet de la montagne. Lors de chaque essai, Sisyphe fait un grand effort, mais n’arrive jamais à parvenir jusqu’au sommet et la pierre retombe toujours au bas de la montagne. C’est ainsi qu’en permanence, pendant toute l’éternité, il doit revenir chercher cette pierre au pied de la montagne.

Albert Camus a repris ce mythe de Sisyphe avec ce qu’il appelle: « le héros inutile », dans l’interminable déroute de soi-même sur le chemin de l’existence. C’est la situation de l’homme moderne, des gouvernants et du système dominant qui doivent à chaque fois subir les mêmes déroutes de la conscience et répéter les mêmes actions inutiles comme s’il s’agissait de grandes victoires de l’imbécilité humaine.

Au nom de la liberté, on impose la soumission à d’autres peuples comme par exemple dans la bande de Gaza contre le peuple palestinien où les crimes de guerre d’Israël ont été condamnés par les Nations Unies. De même en Colombie avec l’intervention des groupes paramilitaires. Les Etats-Unis et Israël commettent des crimes contre le peuple. Les guérillas et le narco trafic engendrent l’incertitude, la mort et ajoutent les héros inutiles à l’inutilité de la violence sociale et structurelle.

Au nom de la démocratie, les Etats-Unis envahissent certains pays, torturent et organisent des vols clandestins avec des séquestrations et des assassinats contre ceux qu’ils considèrent comme des « terroristes ». Ils justifient ces horreurs et appellent « dommages collatéraux » la mort de milliers d’enfants, de femmes et de populations civiles.

Rien de tout cela ne paraît dans les moyens de communication et dans les nouvelles de CNN et de la BBC, ni dans les statistiques. Ces morts sont considérés comme des « non personnes ». De tout cela, « on n’en parle pas ».

Les morts des soldats des Etats-Unis, de Grande Bretagne et des autres alliés de l’OTAN n’ont pas participé à une épopée héroïque mais à des rapines, à des destructions et à des meurtres. Ces soldats ne savent pas pourquoi ils vont à la guerre ; ils vont tout simplement tuer ou mourir parce qu’on leur a promis la nationalité nord-américaine et la seule chose qu’ils obtiennent, c’est la nationalité de la mort en terre étrangère. Les survivants et les mutilés garderont seulement la vision de l’horreur et se souviendront de la mort des autres jeunes qui, comme eux-mêmes, restent toujours des héros inutiles.

C’est le Vietnam qui se répète. Il est temps que le peuple des Etats-Unis se réveille et que le Président Obama, honoré du Prix Nobel de la Paix, « remette sa barbe en question » (comme on dit en Argentine) mais, comme il n’a pas de barbe, il doit remettre « bien d’autres choses en question » et secouer le joug auquel on le soumet. Il est arrivé au gouvernement, alors, qu’il gouverne ! Il est urgent d’en terminer avec ces deux guerres. Il est nécessaire qu’il agisse enfin pour le plus grand bien de l’humanité, qu’il demande pour cela le soutien de son peuple et du monde entier afin d’éviter de plus grandes destructions et un plus grand nombre de morts. C’est son obligation.

Il ne peut pas continuer d’envoyer des soldats pour tuer et détruire d’autres peuples. Ce n’est pas juste ; c’est immoral et c’est une offense à l’humanité toute entière. Qu’il arrête d’être un nouveau Sisyphe en continuant à porter la pierre de l’horreur, de la destruction et de la déroute des Etats-Unis qui collectionnent les guerres perdues parce qu’ils n’ont plus d’idéaux. Leurs troupes n’ont plus de mystique ni de causes justes à défendre. S’il ne fait pas cela, à chaque fois, il chargera la pierre tous les jours plus pesante qu’il ne pourra transporter au sommet de la montagne, car la déroute est déjà dans l’esprit et dans le coeur des Etats-Unis transformés en Sisyphe dans l’incessant futur de leur angoisse existentielle.

Adolfo Pérez Esquivel,
Prix Nobel de la Paix
19 octobre 2009

Psychanalyse et Non-violence1

Retrouvez la première version de mon blog " Psychanalyse et Non-violence" ici

lundi 14 décembre 2009

L'appel à la Désobéissance civile des Psys

Le Front du Refus et l'appel à la Désobéissance civile des Psys


Jacques-Alain MILLER, responsable de l'Ecole de la Cause Freudienne, gendre de Jacques LACAN en a appelé à la Désobéissance civile face à l'amendement ACCOYER ( l'actuel Président de l'Assemblée Nationale, alors député UMP de Haute - Savoie)
Retour sur les évènements: les forums Psys à la Mutualité et un peu partout en
France où une mobilisation eut lieu avec plus ou moins de succès médiatique.
. On ne connait pas chez les psychanalystes de penchants particuliers pour la violence envers l'autre. Issus pour les uns du mouvement trotskystes ou de la Gauche prolétarienne dans la mouvance de 68 ( Gérard Miller...) ils ont troqué leurs "armes"idéologiques d'une révolution du Grand Soir et par procuration pour rejoindre un " Maître" Jacques Lacan - même si ce dernier s'en est toujours défendu - L'écoute, la parole, la " révolution intérieure", la recherche de son point de vérité dans le procès de la cure analytique se sont substitués aux discours incantatoires et insurrectionnels. Au cœur même des émeutes de l 'époque cette "Jérusalem céleste" n'est jamais advenue. Et Lacan de proclamer dans ce brouhaha ambiant et à contre - courant sa théorie des 3 discours dont celui du Maître : " Ce que vous voulez, c'est un Maître, hé bien continuez et vous l'aurez !" . De Gaule revint. Et un nouvel ordre avec. Lacan a vu juste : " "la psychanalyse et une convention de dialogue" ou encore " quand la parole se défait commence la violence". Refuser la violence ce n'est pas néanmoins refuser l'action, ce n'est pas fuir le conflit en demandant que face à l'injustice et la violence, le sujet demanderait qu'on l' épargne au nom d'un idéal de pureté. Au contraire, se soustraire à l'utilisation de la violence comme moyen d'expression et d'action, c'est faire face au conflit voire le provoquer sur la place publique et rechercher toutes les voies de la médiation, de la négociation, de l'information auprès du plus grand nombre. Et ne rien lâcher. Effet auquel l'action violente ne peut prétendre, attirant et attisant les médias sur elle-même et non pas sur la cause qu'elle veut défendre. Pour le plus grand nombre " les casseurs sont toujours les payeurs " à Clichy sous bois comme ailleurs. La violence agit comme un écran de fumée entre la fin et les moyens. Inlassablement Jacques-Alain MILLER fut cet artisan du conflit, de la médiation contre la première des violences faites aux Psys : la mise en coupe réglée de la " santé mentale" pour au travers d'une loi issue des spéculations et des groupements d'intérêts auquel Monsieur ACCOYER appartient, ne confier qu'aux seuls médecins généralistes, psychologues et psychiatres dont aucune des formations n' avalide une capacité à l'exercice de l'écoute psychique et pour le moins pas au métier de psychanalyste. Qui serait ce grand Évaluateur à même de mesurer votre inconscient? Et vous décerner les lauriers du label "psy"?
Il aura fallu donc entrer " en désobéissance civile" face au désordre établi.
Petit point sémantique issu de la doctrine freudienne. Il est toujours difficile de définir en psychanalyse un concept par ce qu'il n'est pas : "non"-violence, l'inconscient ne connaissant pas le négatif, ce signifiant ne figure pas dans le déclaratif freudien et lacanien. La correspondance Freud-Einstein : " Pourquoi la guerre ?" ne pose en aucune manière " Comment la Paix". Freud en reste au constat inévitable, fatal, de la pulsion et Einstein se mord la langue de l'utilisation détournée de ses découvertes. Le Pacifisme ainsi exprimé ne propose aucune alternative, sinon que décidément la guerre c'est pas bien ! C'est au philosophe David H. Thoreau " la Désobéissance civile" et à Étienne de La Boétie " De la servitude volontaire" que s'est forgée dans un nombre très important de luttes :" la désobéissance civile " avec succès. Pour poursuivre ce petit envoi, je propose à votre lecture, votre opinion et je l'espère vos commentaires cet article des " Lettres Françaises " dont vous trouverez en bas de page le nom de son auteur. Qu'il en soit remercié.

Patrick POUYAUD

Petite Histoire de la Désobéissance

- Sur les docks par Pierre Chevalier (coordination) du lundi au vendredi de 16h à 17h sur France Culture. Un documentaire de Simon Guibert et Yvon Croizier.
 

"Désobéir ? Oui, mais comment ? Pour la philosophe américaine Hannah Arendt, « les campagnes de désobéissance civile bien organisées peuvent avoir une efficacité remarquable pour obtenir les modifications juridiques que l’on peut estimer désirables. » Pour la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui accompagne la constitution du 24 juin 1793, « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs » (article 35). Et l’on ne parle pas de Socrate buvant la ciguë ni de Suicide mode d’emploi, forme ultime de désobéissance… Ce « Sur les docks » ébauche une histoire non-exhaustive de la désobéissance depuis 1945, brisant parfois cette évocation forcément incomplète pour laisser la parole à ceux qui en ont fait l’expérience. De la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale au « Manifeste des 121 », de mai 68 au démontage du restaurant Mac Donald de Millau, de la désobéissance d’un haut fonctionnaire à la pétition des cinéastes contre les lois Debré de 1997…"
Avec :
- François Barré, ancien président du Centre Georges Pompidou, président des Rencontres photographiques d’Arles ;
- José Bové, syndicaliste, paysan ;
- Gilles Luneau, journaliste-écrivain ;
- Jean-Marie Muller, philosophe, co-fondateur du Mouvement pour une Alternative Non-Violente ;
- Gérard Mordillat, écrivain, cinéaste.

- La voix de Dyonis Mascolo, écrivain. Des archives de l’INA
- Producteur coordonnateur : Alexandre Héraud
- Producteur délégué : Simon Guibert
- Réalisation : Yvon Croizie

La psychanalyse des névroses de guerre


Karl Abraham  

(contribution à la psychanalyse des névroses de guerre)

Au cours de la guerre, la neurologie classique s’est de plus en plus orientée vers des points de vue psychologiques en ce qui concerne les névroses traumatiques. Malgré ce rapprochement relevé par Ferenczi, elle reste à l’écart de nos conceptions à deux égards. Elle s’en tient presque exclusivement à la réaction au traumatisme des pulsions du moi et aux expressions manifestes de la névrose. Il m’appartient donc de faire valoir l’inconscient et la sexualité à côté de ces facteurs indiscutables.
A la psychanalyse des temps de paix étayant l’étiologie sexuelle des névroses, on opposait souvent les névroses traumatiques. De même, on entend dire maintenant que la constitution des névroses de guerre infirme nos conceptions. La frayeur, le souci d’une répétition de la situation dangereuse, le désire d’une pension et une disposition très peu précisée devraient, semble-t-il, suffire comme cause morbides; l’insignifiance de l’étiologie sexuelle serait justement démontrée par le nombre considérable de névroses écloses pendant la guerre.
Mes observations d’avant-guerre de névroses traumatiques avaient pu me convaincre du fait que la signification de la sexualité était ici la même que pour d’autres névroses, mais je ne disposais pas d’un nombre suffisamment élevé de cas bien connus pour une publication. Je fais allusion au cas d’une jeune fille qui fut victime d’un petit accident de la voie publique en une période ou elle se trouvait aux prises avec un conflit érotique grave. A l’analyse, il apparut que cet incident avait en quelque sorte servi de prétexte au déclenchement de la névrose. Les symptômes étaient en relation avec le conflit; la valeur traumatique de l’accident s’en trouvait réduite d’autant. De même l’impuissance de certains revendicateurs à la suite d’accidents montrait que ce trouble, déclenché par l’accident, trouvait sa vraie origine dans des résistances anciennes et inconscientes à la sexualité.
L’examen de névrosés de guerre a pleinement confirmé mes suppositions antérieures. De plus, je fus frappé en revoyant chez ces névrosés certains symptômes auxquels m’avaient accoutumé non seulement les névroses traumatiques en temps de paix, mais également deux formes morbides non traumatiques. Je fais allusion au complexe symptomatique que nous avons pu observer si fréquemment pendant la guerre: tremblement, céphalées, angoisse, humeur dépressive et sentiments d’insuffisance. si de tels symptômes ne prennent pas le même relief qu’en temps de guerre, il existe cependant deux types de névrosés qui présentent les mêmes symptômes: l’homme impuissant et la femme frigide. Une telle similitude des manifestations extérieures pourrait plaider en faveur d’une ressemblance des processus intérieurs.
Mes expériences recoupent entièrement celles que Ferenczi a exposées. L’effet fréquent du traumatisme sur la sexualité est de déclencher une modification régressive qui va dans le sens du narcissisme. Je remarque que nous parvenons à cette même conception sans avoir pris aucun contact à ce sujet ; mais le traumatisme n’agit en ce sens que pour une partie des combattants. Ainsi, il nous est impossible de ne pas supposer une prédisposition individuelle qu’il nous est possible de préciser mieux qu’on ne le faisait jusque-là.
Quelques exemples introduiront à une vue plus claire du problème.
Un soldat en campagne dès le début de la guerre est blessé le 12 août 19914. Il quitte secrètement l’infirmerie avant sa guérison complète et rejoint le front ou il est atteint bientôt d’une deuxième, puis d’une troisième blessure. De retour à nouveau, il est enseveli sous les décombres dus à une grenade et demeure sans conscience pendant deux jours. Après ce quatrième traumatisme, il présente bien les effets dus à la commotion, mais aucun tableau névrotique: il n’est ni angoissé, ni déprimé, ni excité. Un autre soldat tombe dans un fossé au cours d’un combat nocturne sans se blesser, mais il est bientôt affecté d’une névrose de tremblement de la pire espèce et offre l’image de la déchéance psychique. Comment expliquer de telles différences?
L’anamnèse de ces sujets –ou mieux, une analyse approfondie – nous permet de comprendre pourquoi l’un reste intact au cours des incidents corporels et psychologiques les plus pénibles, alors que l’autre réagit par une névrose gravissime à des excitations relativement minimes. Régulièrement, on découvre qu’il s’agissait, dès avant, disons de sujets labiles pour employer un terme général, en particulier en ce qui concernait leur sexualité. Il s’agissait soit d’hommes inaptes à remplir leurs devoirs dans la vie pratique, soit de sujets susceptible d’y parvenir mais en prenant peu d’initiatives, en montrant peu d’énergie prospective. Leur activité sexuelle était diminuée été limités dans leur puissance sexuelle. Leur attitude à l’égard des femmes était plus ou moins troublée par une fixation partielle de la libido au stade narcissique du développement. Leur capacité fonctionnelle sociale et sexuelle dépendait de certaines concessions à leur narcissisme.
La guerre confronte de tels hommes avec des conditions tout à fait différentes et des exigences extraordinaires. Ils sont censés se sacrifier à tout moment et sans condition à la communauté. C’est là renoncer à tous les privilèges narcissiques. Le sujet sain parvient à une répression aussi entière de son narcissisme. De même qu’il aime sur le mode transférentiel, de même il est capable de se sacrifier pour la communauté. Il n’en va pas de même des sujets prédisposés à la névrose.
Mais en campagne, il leur est demandé non seulement de subir des situations dangereuses – c’est-à-dire d’être purement passifs – mais autre chose qui a trop peu attiré l’attention. je veux mentionner les agressions que le soldat doit être prêt à accomplir à tout instant. Il s’agit d’être disposé non seulement à mourir mais également à tuer.
Un autre facteur qui joue sur la sexualité labile des sujet prédisposés à la névrose, c’est la communauté masculine presque exclusive. La sexualité des sujets normaux ne s’en trouve pas atteinte; il en est autrement des hommes à traits narcissique plus marqués. Connaissant les relations entre le narcissisme et l’homosexualité, nous pouvons le comprendre.
L’attitude auparavant déjà instable vis-à-vis de la femme s’en trouve ébranlée. Si cette labilité est marquée il n’est même pas besoin du traumatisme de guerre pour déclencher la névrose. Ainsi, je pus observer un homme atteint d’une crise convulsive sur le chemin de retour d’une permission, qui à l’infirmerie présentait une anxiété et une dépression graves. Cet homme était déjà connu pour ses façons douces, peu viriles, dans sa vie conjugales et pour sa tendance à être jaloux. Au cours de sa permission, il démissionna complètement sexuellement auprès de sa femme. Ses craintes d’une infidélité de celle-ci s’accrurent et peu après son départ il fit sa crise. Les sujets à pulsions hétérosexuelles aussi labiles ont besoin d’un appui. Ils le trouvent surtout auprès de leur femme dont leur libido est totalement dépendante; d’autres se défendent de leur insécurité sur le plan sexuel en essayant de se prouver leur puissance auprès de prostituées successives. En temps de guerre, leur équilibre instable nécessite le même appui; ils ne sont militairement utilisables que sous certaines conditions. Serrés dans le rang, ils peuvent se maintenir debout accotés à leurs camarades. Une situation modifiée, un événement négligeable pour une constitution plus robuste , les fait basculer et rend totalement passifs ces hommes déjà peu actifs auparavant. Leur passivité se manifeste dès lors dans le domaine des pulsions du moi comme dans celui des pulsions sexuelles. Leur narcissisme apparaît au grand jour. Leur capacité de transfert libidinal s’atrophie de même que la capacité de s’offrir au profit de la communauté. Au contraire nous nous trouvons devant un malade nécessitant les soins et les égards d’autrui et qui flotte narcissiquement dans une anxiété permanente pour sa vie et sa santé. L’indiscrétion des symptômes (tremblements convulsifs, crises) a aussi une valeur narcissique. Nombreux sont ceux qui s’adonnent à leurs maux de façon tout à fait féminine passive. Par leurs symptômes, ils revient sans arrêt la situation déclenchante de la névrose et en appellent à la participation des autres.
Rappelons chez ces patients la peur de tuer a une signification analogue à celle de mourir. Pour une part, c’est ce qui permet de comprendre les symptômes. Le cas d’un homme qui connut de nouveau en campagne le même état névrotique que six ans auparavant est particulièrement instructif. A l’époque il avait été affecté d’une trémulation convulsive du bras à la suite d’un rêve ou il tuait quelqu’un; en engagement rappela le symptôme. Les crises motrices hystériques apparaissent non seulement à la suite de situations dangereuses de frayeur, etc., mais non moins fréquemment elles expriment un acte agressif non accompli. Ainsi elles suivent souvent un échange avec un supérieur; l’impulsion violente trouve là son exutoire moteur.
L’effondrement, l’abattement total, l’obsession de la mort dans certaines névroses de guerre s’expliquent également par un effet particulier du traumatisme. Ces sujets prédisposés n’ont pu se maintenir jusqu’au traumatisme que par l’illusion narcissique de leur immortalité et de leur invulnérabilité. Cette croyance est brusquement entamées par les effets d’une explosion, d’une blessure ou d’un autre événement de cette sorte. L’assurance narcissique cède au sentiment d’impuissance et la névrose se fait jour.
Le degré que peut atteindre la régression est démontré par certains cas de la littérature ou les patients déjà névrosé auparavant succomba à un tel état d’effroi à la suite de l’explosion d’une mine ; il se comportait comme un enfant effrayé. Pendant des semaines, il ne répondit que par les deux mots de " mine, pouf ", expression tirée du langage enfantin de sa deuxième année.
Mais envisageons un cas qui semble faire exception à la règle supposée depuis le début, celui d’un homme auparavant en bonne santé, pleinement apte sur les plans professionnel et sexuel, victime d’une névrose grave. Il souffrait d’une astasie grave et d’une grande irritabilité. Une explosion l’avait propulsé, l’arrière-train contre le mur de la tranchée; il avait donc été traumatisé et déjà traité pour " hystérie traumatique " par plusieurs neurologues. Un examen minutieux m’apporta la conviction qu’il s’agissait d’une affection de la moelle (vraisemblablement d’une hématomyélie).
L’anamnèse m’apprenait qu’à la suite du traumatisme, le patient ne retenait plus ni ses urines ni ses selles. Il demeura cependant à son poste en considérant ses troubles comme les conséquences de sa frayeur. Pendant la même période, il nota l’absence de toute sensation génitale. Il chercha une explication bénigne, ne soupçonnant nullement qu’il s’agissait d’une impuissance organique. Au cours d’une permission il dut constater que son insensibilité sexuelle était invincible. La névrose s’ensuivit non en tant qu’effet de l’explosion, mais en réaction à une impuissance traumatique organique. D’ailleurs, cette névrose se distinguait des névroses traumatiques habituelles par une humeur euphorique, par moments véritablement maniaque.
Cette différence mérite d’être retenue et expliquée. D’autres sujets atteints sur le plan organique ont un tel état d’humeur, qui ne peut que nous surprendre. J’ai souvent été saisi par l’atmosphère de gaieté des infirmerie d’amputés. au début de la guerre, un événement singulier attira mon attention sur l’euphorie des grands blessés. J’eus affaire en même temps à quatre soldats dont l’œil droit avait été gravement atteint par les éclats de la même grenade. Ils avaient déjà subi ensemble l’énucléation bulbaire. Ils n’étaient nullement déprimés et montraient un état de joie insouciante. Lorsque, toujours ensemble, ils obtinrent chacun leur œil artificiel, il se produisit une scène étrange. Ils se mirent à sauter, à danser comme des enfants qui s’adonnent à une ivresse de gaieté croissante. Il y a là indiscutablement une régression au narcissisme. Mais elle est de nature plus partielle. Ces patients refoulent leur sentiment de dévalorisation du fait de leur infirmité, en particulier aux yeux du sexe opposé. L’amour du dehors qui vient à leur manquer, ils le remplacent en s’aimant eux-mêmes. L’endroit blessé est doté d’une signification de zone érogène qui ne lui revenait pas antérieurement.
Les données que j’ai rapportées montrent clairement que les névroses de guerre restent incompréhensibles si l’on ne tient pas compte de la sexualité. Cette conception est confirmée par les troubles mentaux observés durant la guerre, troubles qui manifestent comme d’ordinaire plus bruyamment leur contenu latent que les névroses. Les troubles mentaux apparus en campagne ne sont que rarement délirants. Mais s’il y a un délire, il a un contenu sexuel manifeste. Dans les cas que j’observai, il s’agissait soit de délire de jalousie, soit de délire de persécution homosexuelle par des camarades, soit d’un syndrome paranoïde éclatant lorsque, après un service prolongé, le soldat se révélait impuissant avec sa femme pendant sa permission. Une symbolisation transparente et d’autres signes indiquaient la signification de la composante homosexuelle dans la constitution de ce délire. Un autre sujet avait l’idée délirante d’être devenu syphilitique du fait de ses camarades durant son sommeil. L’origine du délire reposait là encore sur une homosexualité insuffisamment refoulée.
Je retiendrai dans ce contexte une autre observation curieuse. C’était en 1915. Dans un service chirurgical un homme était traité pour une blessure du pénis. L’opération, faite par un chirurgien connu, réussit très bien. Deux ans plus tard, le même patient vint dans mon service psychiatrique. Cet homme auparavant sans problèmes présentait un état paranoïde. Ses réponses m’apprirent que, depuis sa blessure, il souffrait d’une insensibilité génitale totale. Ici encore, la psychose est en relation étroite avec la cessation de la virilité génitale.
Les causes habituellement invoquées expliquent aussi mal le désir d’une rente que les symptômes névrotiques de certains blessés de guerre. Ce désir est en relation avec des modifications libidinales. Il peut sembler que le malade lutte pour le dédommagement d’une rigidité du poignet, d’un doigt perdu, de difficultés névrotiques. Nous ne considérons pas d’habitude que le névrosé perçoit intimement ses modifications libidinales. Il a le sentiment marqué d’une perte énorme. Et il a raison dans la mesure ou il est effectivement touché dans ses capacités de transfert libidinal, c’est-à-dire au fondement même du sentiment de soi. Avant la guerre un blessé par accident me raconta qu’il s’était entendu avec son assurance pour un certain dédommagement. Immédiatement la pensée le traversa que cette somme ne couvrirait pas, de loin, le dommage subi. A partir de là, la somme ne couvrirait pas, de loin, le dommage subi. A partir de là, la somme qu’il aurait dû, à son avis, exiger crût jusqu’au grotesque. La pension ne dédommage que de la limitation objectivement démontrée et non de ce qui compte le plus pour le patient; il ne peut être dédommagé pour son appauvrissement en amour objectal. C’est encore le narcissisme qui explique le comportement des malades. Là ou auparavant existait une capacité à se donner (dans tous les sens du mot), il n’y a plus qu’une convoitise narcissique. La zone génitale a perdu sa primauté. L’érotisme anal est renforcé. Il est évident que la pension d’état favorise le développement de ces traits de caractère; mais elle ne le peut que si le blessé avait déjà tendance à réagir narcissiquement à une blessure de son intégrité, venue du dehors.
Abordons la question de la thérapie et en particulier de la psychanalyse!
Au début de la guerre, on ne s’occupait des névrosés que pour les envoyer, éventuellement, dans une maison de repos sans les traiter plus avant. La fréquence des affections névrotiques nécessita d’autres mesures. La vieille méthode de l’ "Ueberrumpelung " fut exhumée. Ce fut la période du procédé actif dont le plus connu fut celui de Kaufmann. Ces méthodes pouvaient donner le change par la rapidité avec laquelle elles amélioraient de nombreux patients, mais elles n’ont pas tenu leurs promesses quant à la durée de leurs succès et se sont accompagnées de manifestations peu souhaitables. C’est pourquoi les autorités médicales militaires s’intéressèrent vivement à adjoindre aux méthodes trop " actives " des actions effectives mais plus douces.
La psychanalyse peut-elle s’insérer dans la lacune existante? Théoriquement nous sommes en droit de le supposer car de toutes ces méthodes, la psychanalyse seule est causale. Mais nous avons également des expériences pratiques. Je me réfère à l’article de Simmel (à sa contribution ici même). C’est pourquoi je ne ferai que mentionner brièvement ma propre expérience thérapeutique. Pour nous autres psychanalystes, une attitude de prudence s’imposait puisque les congrès et la littérature d’avant-guerre nous avaient montré clairement le refus opposé à nos conceptions et à nos aspirations. Lorsqu’en 1916 j’eus un service de névrosés et de malades mentaux, je m’abstins de tout traitement par la force, de même que l’hypnose et des autres moyens de suggestion. Je laissai les patients réagir à l’état éveillé et cherchai par une sorte de psychanalyse simplifiée à faire comprendre aux patients l’origine et le contenu de leur souffrance. J’obtins chez eux le sentiments d’être compris, une détente et une amélioration. Par la suite, le service prit le caractère d’un poste d’observation exclusive. C’est pourquoi je ne fus pas en mesure de rassembler plus de quelques observations thérapeutiques isolées.
L’objection consistant à considérer la psychanalyse comme une méthode trop lente dans ses effets n’est pas valable à la lumière des observations précédentes. Il fut avéré récemment que les patients traités par Kaufmann rechutaient souvent lorsqu’ils étaient soustraits à l’influence du médecin ou exposés aux dangers du front. Seule l’expérience permettra de savoir si la psychanalyse a un effet plus durable. Je voudrais enfin rapporter une donnée, instructive à cet égard, concernant le traitement d’un névrosé en clientèle privée. Il me fut possible de réduire en quelques semaines une phobie grave des attaques aériennes chez un garçon de douze ans. La guérison se maintint une fois que le patient fut revenu dans sa partie; il s’y trouvait à nouveau quotidiennement exposé au danger au danger des mêmes attaques et supportait cette situation comme un sujet normal. Ce résultat justifie peut-être d’attendre de la psychanalyse de combler la lacune concernant la solidité des effets obtenus. Puisque la psychanalyse nous permet la conception la plus en profondeur de la structure des névroses de guerre, il est vraisemblable que c’est aussi à elle qu’il appartiendra d’occuper la première place en tant que thérapeutique des névroses de guerre.

Marche de la Liberté pour Gaza


Avec l 'Association France-Palestine solidarité

 



Le 1er janvier 2010, marchons aux côtés du peuple de Gaza en

une manifestation non violente qui brisera le blocus illégal.

Lire sur ce lien la"Déclaration de Principes et Objectifs"




 "Déconstruire les murs et bâtir des ponts" tels sont les fondements sur lesquels Stéphane Hessel et Jean-Marie Muller ( vidéos et articles sur ce blog) affirment leur engagement aux côtés du peuple palestinien et du peuple israélien car aucune chance  ne peut -être donnée à la paix l'un sans l'autre.

Si l'armée israélienne en agressant Gaza dit avoir gagné la guerre dans un conflit asymétrique et sans armée pour lui faire face, elle a dores et déjà perdu la paix.

En réalité, elle n'a gagné ni l'une ni l'autre.


En emmurant Gaza et sa population, Israël s'est enfermée en détenant en captivité sa propre population.

Certes, les moyens de cette "guerre" contre le Hamas ont été disproportionnés, mais quelques soient les cas de figure, c'est la violence qui ne peut que méconnaitre les proportions. La violence est toujours au regard de l'autre une disproportion. Je n'avancerai pas ici tout l'argumentaire politique, stratégique et éthique de mes convictions sur ce sujet. Il y est largement développé à maintes reprises sur mon blog.


C'est la raison pour laquelle je m'associe et participerai à la marche non violente de la Liberté pour Gaza. Je n'imagine d'ailleurs pas qu'il puisse en  être autrement que de la non violence.

Une marche violente est au demeurant proprement impensable et serait non seulement un défi aux lois mêmes du rythme mais surtout à celles du but à atteindre : conscientiser et faire émerger auprès de l'opinion publique une adhésion solidaire. Je n'imagine pas un seul instant que l'AFPS ai pu tergiverser sur ce choix.

Il reste toutefois à souhaiter qu'il en sera ainsi des slogans - s'il ne s'agit pas d'une marche silencieuse. Bien qu'une action non-violente ne soit pas nécessairement silencieuse elle ne peut en aucune manière céder à la cacophonie des invectives de quelque nature qu'elles soient, sans se renier elle - même et desservir sa juste cause, celle de la liberté pour le peuple palestinien, celle de la paix dans un état binational.

Freud, dans son article "Psychologie des foules et analyse du Moi" mettait en garde contre les dérives de la violence et Lacan d'y ajouter :" là où la parole se défait commence la violence".
P.Pouyaud

dimanche 13 décembre 2009

De Berlin à Bil'in ...tous les murs tombent


Activités Soutien

54 articles dans cette rubrique

Appel à la libération des prisonniers de Bil'in

12/12/2009
31 résidents de Bil’in ont été arrêtés depuis la campagne de raids nocturnes qui a débuté le 23 juin 2009. Les raids et arrestations ont commencé simultanément avec l’ouverture du procès à Montréal contre les deux compagnies canadiennes contre lesquelles Bil’in a déposé plainte pour participation à des crimes de guerre via la construction de colonies sur les terres du village.
Trois choses que vous pouvez faire :
  1. Protester auprès de vos représentants politiques et vos consuls ou ambassades d’Israël
  2. Organiser des manifestations devant les ambassades d’Israël dans vos pays
  3. Aider Bil’in à payer les frais juridiques
Plus d'informations

5ème conférence annuelle sur la résistance populaire

10/12/2009
La cinquième conférence annuelle de Bil’in sur la résistance populaire aura lieu du 21 au 23 avril 2010.
Lors de la semaine du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, les comités populaires palestiniens ont commencé à appliquer la décision de la Cour Internationale de Justice et à démanteler le Mur d’Apartheid.
Joignez-vous à nous le 21 avril à Bil’in pour définir des stratégies sur les moyens de soutenir et renforcer la lutte populaire pour libérer la Palestine et mettre fin à l’occupation.
Le programme détaillé de la conférence sera communiqué dans les mois à venir.
Pour plus d’informations, contacter (en anglais) : committee@bilin-village.org
— Popular Struggle Coordination Committee (Comité de coordination de la résistance populaire)

Campagne israélienne d'intimidation et d'arrestations en cours à Bil'in : ce que vous pouvez faire

04/09/2009
La plus récente tentative de l’armée israélienne de réduire au silence la campagne de résistance non-violente de Bil’in contre le Mur d’Apartheid consiste en une vague de raids nocturnes et à la multiplication des arrestations des manifestants et, en particulier, des dirigeants du Comité Populaire de Bil’in.
Ce que vous pouvez faire

Rejoignez-nous sur Facebook

04/09/2009
Que vous désireriez vous rendre à Bil’in, participer à des projets d’actions ou simplement vous informer, inscrivez-vous au groupe Facebook de Bil’in et contribuez, de façon virtuelle ou non, à la lutte.

Soutenir la lutte de Bil'in

04/09/2009
Le Comité Populaire de Bil’in a désespérément besoin de fonds pour payer les frais juridiques liés au procès au Canada et assurer la défense et la libération des manifestants arrêtés.
Si vous souhaitez faire un don déductible d’impôt aux États-Unis ou au Canada, contactez bilinlegal@gmail.com.

NB : Il est également possible de faire un don déductible d’impôt (au Canada) en ligne ou par chèque à l’Aide Médicale pour la Palestine afin d’aider Bil’in à payer les frais juridiques liés au procès au Canada. Plus d’informations.
Faire un don maintenant avec CanadaHelps.org
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