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mercredi 13 janvier 2010

Nelson Mandela : homme de paix

« Nelson Mandela, un homme profondément humain »
Jack Lang, député du Pas-de-Calais, a écrit en 2005 un livre consacré à Nelson Mandela. Un « homme de paix » qu'il se plait à nous raconter à l'occasion de la sortie sur les écrans d'« Invictus ».

PROPOS RECUEILLIS

PAR BÉRANGÈRE BARRET

berangere.barret@nordeclair.fr

Pourquoi avoir écrit ce livre sur Nelson Mandela ?

La raison première est que je me suis engagé très tôt dans la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, dans les années 75-80, à un moment où beaucoup de pays étaient assez indifférents à cette situation. Quand je suis devenu ministre de la Culture en 1981, j'ai apporté un soutien plus actif encore à des mouvements culturels sud-africains, à des journaux et puis surtout j'ai, avec d'autres, pris l'initiative d'un comité international de lutte contre l'apartheid. Quand Mandela a été libéré, après 26 ans d'enfermement, il a entrepris un voyage et Paris fut l'une des premières villes où il s'est rendu. J'ai eu la chance de le rencontrer pour la première fois ce jour-là. Je l'ai ensuite rencontré quatre fois.

Comment le décririez-vous ?

Il est profondément humain et d'une extrême intelligence. Mais ce qui impressionne au-delà de tout c'est son itinéraire. Cet homme qui, venant d'une famille plutôt « aristocratique », est parvenu à devenir avocat et s'est engagé petit à petit. Il n'est pas né libérateur d'Afrique du Sud : il a progressivement pris conscience, à travers les humiliations, à quel point la situation était inacceptable. C'était un homme de non-violence. Quand il a été arrêté et condamné à l'emprisonnement à perpétuité, c'est parce que l'ANC s'attaquait aux infrastructures. Il disait : « Jamais nous n'avons attaqué une personne. » Il a été son propre avocat lors du procès, et c'est encore grâce à son courage qu'il a échappé à la pendaison. Il a dit à ses juges : « Je suis prêt à mourir mais pas à renoncer à mon idéal qui est la réconciliation des Noirs et des Blancs. » Et puis cet homme, écrasé, a tenu à sa sortie du bagne un langage de réconciliation. « Je veux construire une nation arc-en-ciel », disait-il.

Comment analysez-vous ses années de pouvoir ?

Des années de paix, de réconciliation. Le pays a progressé économiquement, même s'il reste aujourd'hui de l'insécurité, de la pauvreté.

Nelson Mandela vous a-t-il influencé personnellement ?

 Dans mon panthéon personnel, j'ai eu la chance de le rencontrer, ainsi que d'autres personnages de cette envergure morale et intellectuelle : Vaclav Havel, Pierre Mendès-France... Ce sont des hommes d'État qui savent s'élever au-dessus de leur clan et qui osent adopter des positions courageuses qui font changer le monde.

Irez-vous voir le film « Invictus » ?

 Je l'ai déjà vu. C'est un bon film, haletant, poignant. Je souhaite que beaucoup de jeunes le voient. Cela peut aider à prendre conscience que la politique est aussi une grande chose, qu'elle peut être la réconciliation, le courage et pas nécessairement la bassesse ou la petitesse. (Source La voix du Nord)  

Sortie du film " Invictus ". Une coupe et la naissance d’une nationNelson Mandela croyait en sa cause et est parvenu à l’emporter. Clint Eastwood s’est retrouvé dans cette figure héroïque dont il pourrait être le double symbolique. 
Invictus, de Clint Eastwood. États-Unis. 2 h 12.
En 1994 en Afrique du Sud, l’heure est venue pour l’histoire de basculer. La majorité noire prend le pouvoir, mettant ainsi fin au sinistre régime de l’apartheid. Nelson Mandela, cinquante ans précisément après avoir rejoint les rangs du Congrès national africain (ANC), auréolé par les vingt-sept années de prison qui ne seront pas parvenues à l’abattre, leader incontestable et incontesté ayant pratiqué la non-violence avec une efficacité telle qu’elle lui a valu le prix Nobel de la paix l’année précédente, est élu président de la république d’Afrique du Sud. Le film le rappelle brièvement comme il y reviendra allusivement au fil des situations. Mais, pour l’essentiel, le film ne relève pas de la biographie, tant il se déroule sur une courte période, d’une part, tant il ignore les conseils des ministres, la situation économique et presque tous les aspects courants des responsabilités, d’autre part. 

l’emploi au mérite contre le clanisme 
Tirée du livre de John Carlin Déjouer l’ennemi, l’œuvre ne semble dans un premier temps n’avoir qu’un but : nous montrer comment une élection ne transforme pas tout dans l’instant. C’est ainsi que l’action se concentre sur la tête que fait la garde rapprochée noire de Mandela quand elle voit arriver en renfort les gros bras des services secrets blancs dont on ne jurerait pas de la sympathie spontanée pour le nouveau président. Mais c’est Mandela lui-même qui les a intronisés, quitte à avoir introduit des vipères en son sein. Ainsi prend-il le pari de la réconciliation en pratiquant l’emploi au mérite contre le clanisme et l’esprit de revanche. 
un Blanc pour partager ses vues 
Noble attitude qui va s’amplifier lors de la conduite à tenir face aux Springboks, l’équipe nationale de rugby, aussi blanche que honnie par les Noirs qui pratiquent le foot et soutiennent l’adversaire quel qu’il soit. De surcroît, les joueurs sont mauvais tant le boycott international de ceux-ci en rétorsion contre l’apartheid a porté ses fruits. Le peuple demande la tête de ces hommes, qu’on change le nom, les couleurs et les hymnes. Seul Mandela s’y opposera dans sa sagacité politique. Il sait que s’il commence à s’en prendre au sport des Blancs, la faillite de la démocratie et celle du développement ne sont pas loin. Il trouvera un Blanc pour partager ses vues, François Pienaar, le capitaine afrikaner de l’équipe.
Mandela a raison, Mandela a toujours raison. Cela pourra irriter ceux à qui le mot d’hagiographie donne des boutons. À ceux-là on répondra : regardez comment John Ford décrit Lincoln dans Young Mr. Lincoln. Ce n’est pas un hasard si l’hymne africain dont nous ne comprenons pas la langue dit « Dieu bénisse l’Afrique » comme, aux États-Unis, l’hymne dit « God bless America ». Si Clint Easwood s’est mêlé d’une page de l’histoire sud-africaine, c’est bien évidemment qu’il retrouvait en celui qui n’a jamais rompu au Cap ceux qui n’ont pas baissé les bras dans ses films passés une figure christique triomphante par la foi en la justesse de la cause. Si continuité thématique il y a, marque parmi d’autres du cinéma d’auteur, on trouve également ici une continuité esthétique, une foi là encore, dans le cinéma tel que le codifia Hollywood en sa période classique, plénitude du récit, apport de tous les techniciens, budget au niveau du sujet, direction consommée des acteurs (Morgan Freeman et Matt Damon). Le cinéma comme on ne peut que l’aimer. 
Jean Roy ( source l'humanité)





vendredi 8 janvier 2010

Un an après: le combat: de Helen Suzman


Témoin de l'édification de la ségrégation institutionnalisée, cette dame respectée par tous n'a jamais hésité à prendre la parole, dans son pays comme à l'étranger, pour dénoncer, au nom de ses idées libérales, les injustices. Ce combat lui a apporté quelques satisfactions mais, constate-t-elle aujourd'hui, "il y a encore une longue route à faire". Elle ajoute : "Le changement est inévitable mais cela prendra beaucoup plus de temps que les gens ne le croient." Un changement que le futur président, M. Frederik de Klerk, n'engagera que "jusqu'à un certain point".

En trente-six années de vie parlementaire, le député du Parti fédéral progressiste (PFP) s'est opposé à tous les chefs de gouvernement nationalistes, de Malan à Botha, sans jamais baisser les bras. John Vorster avait dit d'elle qu' "elle était pire que dix membres du United Party", la formation qu'elle a servie jusqu'en 1959 avant de participer à la création du PFP. Elle se souvient encore avec amusement d'un dessin humoristique représentant un cauchemar de Vorster : dix Helen Suzman tournaient au-dessus de sa tête...

Croisé des droits de l'homme, elle n'a cessé de harceler le pouvoir contre les emprisonnements arbitraires, les détentions sans jugement, les déplacements forcés de population, les lois draconiennes sur la sécurité, les restrictions sur les personnes. Elle intercède au nom des exclus, des bannis, des victimes de l'apartheid, au nom "des ennemis de l'Afrique du Sud", comme lui avait rétorqué John Vorster.

Le successeur de ce dernier, M. Pieter Botha, avait, en 1966, accusé Helen Suzman et "ses amis libéraux" d'être responsables de l'assassinat de Hendrik Verwoerd, premier ministre de l'époque et père du grand apartheid. Du bout des lèvres, l'actuel chef de l'Etat lui avait présenté, contraint et forcé, des excuses. Elle ne lui a jamais vraiment pardonné.

Pendant treize ans, de 1961 à 1974, elle fut l'unique représentante de l'opposition au Parlement, vigile solitaire face à ce qu'elle avait nommé, par un excès de langage qui ne lui est pas courant, "une foule sanguinaire". Souvent qualifiée de "poule caquetante" par M. Pieter Botha, M. Helen Suzman ne s'est jamais départie de son flegme. En riant, elle déclarait, en 1982, qu'avec un peu de chance elle tiendrait le coup plus longemps que le seul parlementaire qui ait siégé plus longtemps qu'elle, l'actuel président de la République.

En fin de compte, elle quitte la scène politique quelques mois avant lui. Helen Suzman s'en va sans regret avec le sentiment du devoir accompli. La classe politique a rendu hommage à cette conscience personnalisée, cette perturbatrice permanente d'un régime sûr de son bon droit. Le premier ministre britannique, Mme Margaret Thatcher, qui sait ce qu'est une femme de tête, a joint sa voix au concert de louanges, saluant "cet exemple de la lutte pour la justice et pour la paix"

dimanche 27 décembre 2009

Liu Xiaobo, martyr de l'émergence de la Chine?

11 ans de prison pour délit d'opinion



Ses critiques sont parfois acerbes, mais toujours extrêmement modérées dans l'action, jamais Liu Xiaobo n'a appelé au renversement du gouvernement. Admirateur de Vaclav Havel, il est convaincu qu'un intellectuel honnête doit avant tout  « vivre dans la vérité »,  et dénoncer les violations des droits de l'homme chaque fois qu'elles se produisent et quelle que soit la couche sociale à laquelle appartiennent leurs victimes. Comme Havel, il pense qu'une fois que le mensonge totalitaire a été dévoilé, le pouvoir n'en a plus pour longtemps. C'est sans doute la raison pour laquelle il n'a jamais tenté d'organiser d'actions clandestines, mais a toujours agi au grand jour.
Il ne faudrait pas croire que Liu Xiaobo est désespéré. Au contraire: cet analyste très fin de la politique chinoise n'a cessé de se féliciter du développement d'une société civile de plus en plus consciente, des progrès de l'information apportés par l'internet, et de la prise de conscience de leurs droits par les citoyens chinois. Il a lui-même contribué à populariser les combats des défenseurs des libertés, et ceux des simples citoyens qui se lèvent contre l'arbitraire. Il a souvent écrit que ces combats avaient déjà permis de rendre le régime beaucoup plus supportable, et l'avaient contraint à de nombreuses concessions, notamment la mention de la défense des droits de l'homme dans la constitution.
Depuis son intervention  pour éviter un bain de sang sur la place Tiananmen dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, il n'a cessé de plaider pour la non violence et la raison. Mais sa modération tactique ne l'empêche pas d'être intransigeant sur les principes: jamais il n'a reculé devant les risques que pouvaient lui faire encourir ses prises de position, et il n'a pas hésité à aller en prison à deux reprises pour défendre ses idées.
Cet intellectuel qui s'était fait connaître dans les années 1980 par ses dénonciations violentes du « confucianisme » des écrivains de la littérature de cicatrices, n'en est pas moins un moraliste. Alors qu'écrivains et chercheurs profitaient d'une sensible amélioration de leurs conditions de vie à partir du milieu des années 1990 et expliquaient que cette amélioration favoriserait leur indépendance de jugement, il n'a pas hésité à dénoncer la « philosophie du porc » que représentait cette attitude prétendument moderne, et la mettait en parallèle avec le courage des paysans qui s'élevaient contre les abus de pouvoir des cadres.
Liu Xiaobo a joué un rôle fondamental dans l'émergence de groupes de défense des droits de l'homme en Chine. Avant son arrestation en 1996 et plus encore depuis sa libération en 1999, il a été à l'origine d'innombrables pétitions dénonçant les violations des droits, soutenant les activistes de la société civile, remportant parfois des victoires impressionnantes comme la libération de Du Daobin, envoyé en prison pour avoir critiqué le secrétaire général du Parti Jiang Zemin et libéré à la suite d'une mobilisation sur le net. Dans un mouvement pour la démocratie éclaté entre les générations et les milieux, Liu Xiaobo jouit d'un respect universel. Il est également très connu à l'étranger en raison de la pertinence de ses analyses et de son courage.
En le condamnant à une si lourde peine, les autorités veulent faire un exemple. A l'inverse du proverbe chinois, elles « tuent le singe pour effrayer les poulets ». Soucieuses de maintenir à tout prix leur monopole sur le champ politique, elle n'hésitent pas à braver l'opinion internationale et intérieure pour effrayer les candidats à la critique.
Le jour du procès de Liu Xiaobo, des diplomates de quinze pays, des journalistes étrangers, mais surtout, des activistes chinois ont protesté contre la violation du droit que constituait un procès public auquel même son épouse s'est vu interdire l'accès. Liu Xiaobo n'a même pas pu lire tout le texte qu'il avait préparé pour sa défense, car il a sans cesse été interrompu par le juge. La plaidoirie de ses avocats n'a pas excédé quatorze minutes, et aucun témoin n'a pu venir déposer au tribunal. En somme, comme le disait Mo Shaoping, le directeur du cabinet d'avocats qui défend Liu auquel les autorités ont interdit d'assurer sa défense, « la Chine dispose de lois mais pas d'Etat de droit, elle a une Constitution mais pas de gouvernement constitutionnel ».. L'arrestation, la détention pendant six mois en prétendue résidence surveillée et le procès de Liu Xiaobo constituent des violations de la légalité de la République populaire. Or, on sait que toute cette affaire a été gérée au plus haut niveau. Ainsi le comité permanent du bureau politique du parti communiste chinois, qui prétend avoir instauré l'Etat de droit en Chine, montre avec cette condamnation qu'il est incapable de respecter sa propre légalité. Mais Hu Jintao et ses camarades feraient bien de se méfier. Le recours à la répression n'est pas toujours efficace. De l'avismême  de  nombreux auteurs de la Charte 08, c'est en raison de l'arrestation de Liu que l'an dernier, le texte a rencontré un tel succès dans la population.
A la veille de sa condamnation, 165  signataires du manifeste ont affirmé qu'ils étaient aussi coupable que Liu Xiaobo et demandé à être traité comme lui. La tactique d'intimidation sera-t-elle vraiment efficace? Ou au contraire, provoquera-t-elle une vague de protestations difficile à gérer pour des dirigeants soucieux de leur image « moderne »?
Si, sur le plan intérieur, cette lourde condamnation est un signe de la fragilité du pouvoir, elle montre que les dirigeants chinois se sentent de plus en plus sûrs d'eux sur la scène internationale.
On voit que l'ouverture sur le monde ne constitue pas une garantie de libéralisme: en annonçant le verdict le jour de Noël, les dirigeants chinois ont montré qu'ils connaissaient bien l'Occident. Ils savent bien que pendant la trêve des confiseurs, les journalistes comme les lecteurs ont bien d'autres chats à fouetter, et n'aiment pas gâcher la fête avec de mauvaises nouvelles. Comme c'est la troisième fois que des verdicts frappant des dissidents sont annoncés pendant cette période, on peut en conclure qu'il ne s'agit pas d'un hasard.
Mais surtout, en infligeant une condamnation si sévère pour un délit d'opinion, les dirigeants chinois annoncent au monde que les temps ont changé. A la différence de l'époque de Jiang Zemin, la Chine n'a plus besoin d'accorder aux Occidentaux des faveurs pour obtenir la clause de la nation la plus favorisée, ou pour entrer à l'OMC. Aujourd'hui, ce sont les puissances occidentales qui ont besoin d'elle, pour relancer l'économie à la suite de la crise, pour obtenir des parts du mirobolant marché chinois, pour faire pression sur l'Iran et la Corée du Nord, ou pour aboutir à un accord sur le réchauffement de la planète. Lors de sa première visite en Chine en novembre dernier, Barack Obama n'a pas soulevé publiquement le cas du plus fameux dissident du pays, ce qui a sans aucun doute été interprété comme une permission de condamner. François Fillon, en visite à Pékin à la veille du procès, a bien entendu gardé le silence. Les dirigeants du parti communiste chinois sont bien conscients de cette nouvelle situation et en profitent pour imposer de nouvelles normes dans les relations internationales. Ainsi, ils exercent des pressions sur les gouvernements qui reçoivent le Dalai Lama ou Rebyia Kadeer, et les menacent d'interdire le marché chinois à leurs entreprises. Ces menaces sont efficaces et depuis quelques années, on assiste à un retour en force du réalisme dans les relations entre états tandis que la question des droits de l'homme est de plus en plus ignorée. Soutenue par de nombreux pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, sans compter la Russie, la Chine parvient de plus en plus à imposer de nouvelles normes qui font la part belle à la souveraineté nationale et relèguent à l'arrière plan les progrès qui avaient été faits depuis la fin de la guerre froide.
Ne nous y trompons pas, la lourde condamnation qui vient de frapper Liu Xiaobo nous concerne tous. Accepterons-nous, pour « engager » les dirigeants du parti communiste chinois, de revenir sur nos principes et d'accepter le retour de la loi de la jungle dans les relations internationales?

lundi 21 décembre 2009

La Violence de l'Argent - Roi

Témoignage au Procès de l'Argent-Roi (Festival Camino
2009)
11 juillet 2009
Les 12 et 13 juin, Jean-Marie MULLER, porte-parole du MAN, témoignait au procès de l’argent-roi lors du Festival Camino, à Tournefeuille.

Sa plaidoirie est désormais en ligne sur le site du MAN. Face à la culture de l'argent-roi qui est aussi celle de la violence, il est urgent de promouvoir la culture de la paix et de l'argent serviteur ! Quelques extraits :

"Monsieur le Président, je voudrais structurer mon témoignage autour de deux thèmes essentiels : d’une part la violence de l’argent-roi et l’argent-roi de la violence."

La violence de l'argent

"Nul, s’il est de bonne foi, ne saurait nier que l’argent-roi est directement responsable de multiples violences à travers le monde."

"C’est vrai que la monnaie a été crée pour permettre l’échange de biens et de services entre les hommes. Cet échange, ce commerce, entre les hommes est l’un des fondements de leur vivre ensemble. Tant que l’argent reste au service de cet échange, il remplit une fonction sociale indispensable à la vie de la cité. Mais cet argent dont chacun d’entre nous a besoin pour vivre dans la dignité, ce n’est pas l’argent-roi, c’est l’argent-serviteur."

"Monsieur le Président, j’entends dénoncer devant votre tribunal l’idéologie du profit qui structure le libéralisme économique. Cette idéologie du profit rend un culte servile à l’argent-roi. Ce que le crise financière, qui vient de secouer nos sociétés, à montré, c’est précisément la faillite des puissances d’argent qui se sont avérées incapables d’organiser l’économie selon les exigences de la justice. Oui, l’argent-roi fait violence au peuple des pauvres. Le règne de l’argent renie chaque jour les valeurs de la République inscrites dans la pierre au fronton de ce tribunal. L’argent-roi maltraite la liberté. L’argent-roi bafoue l’égalité. L’argent-roi outrage la fraternité."

l'argent de la violence

"C’est un fait que nul ne peut contester : nos sociétés consacrent une quantité d’argent illimitée pour fabriquer des armes de destruction, des armes de mort."

"La question centrale posée par les ventes d'armes, et elle est éminemment politique, est de savoir s'il existe des méthodes alternatives aux armes de la violence pour résoudre les conflits. Cette question concerne à la fois la politique de défense du pays qui vend des armes et celle du pays qui en achète. Face aux impasses auxquelles la course aux armements risque de conduire tous les peuples, il est raisonnable de penser que la réponse à cette question doit être recherchée dans l'expérimentation des stratégies de l'action non-violente. L'urgence est donc d'investir dans cette recherche."


Face à la culture de l'argent-roi, la culture de la non-violence

"Malheureusement, c’est un fait incontestable que l’argent-roi s‘est toujours montré généreux, audacieux, courageux, impétueux pour financer la préparation de la guerre et que, dans le même temps, il s’est montré parcimonieux, avaricieux, lésineux, cupideux pour financer la préparation de la paix."

"Lors de sa séance plénière du 15 juin 2007, l’Assemblée générale des Nations Unies nous a invités à célébrer chaque année la Journée internationale de la non-violence. Cette journée a été fixée au 2 octobre qui se trouve être la date anniversaire de la naissance de Gandhi qui est né en effet le 2 octobre 1869. Ce qui est remarquable, c’est que la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies instaurant cette journée affirme, je cite, "la pertinence universelle du principe de non-violence".

"Ma profonde conviction, Monsieur le Président, c’est que le développement de la culture de la non-violence est de nature à assécher les racines des multiples violences de l’argent jusqu’à les faire dépérir. Que le développement de la culture de la non-violence peut priver l’argent-roi de toutes les collaborations dont il a besoin pour assurer son empire sur nos sociétés. Que le développement de la culture de la non-violence peut libérer l’humanité de l’oppression que le règne de l’argent fait peser sur elle."

Jean-Marie Muller
Festival Camino
juin 2009


Lire la plaidoirie complète sur le site du MAN

samedi 12 décembre 2009

La non-violence de Carl ROGERS




Rogers, Carl (1902-1987), psychologue américain, connu pour avoir développé de nouvelles méthodes thérapeutiques destinées aux enfants maltraités. Insatisfait par les thérapies et les techniques de diagnostic dans le traitement de la schizophrénie, il créa ce que l'on appelle aujourd'hui "la psychothérapie centrée sur le client", "client" signifiant "patient". Cette méthode est axée sur l'usage que le client fait de la relation avec son thérapeute.

Le psychologue américain Carl Rogers élabora la psychothérapie "centrée sur le client". Rogers pensait que les organismes humains ont une tendance innée à se maintenir et à s'améliorer ; cette tendance les pousse vers le progrès, la maturité et l'enrichissement de la vie. Chaque personne est capable de se comprendre et de mener des changements constructifs. Le potentiel peut être découvert avec l'aide d'un thérapeute.

Rogers attachait plus d'importance aux attitudes du thérapeute qu'à sa formation technique ou à son talent ; il préférait le terme de "client" à celui de "patient" pour indiquer que le traitement n'était ni manipulatoire, ni de nature médicale. La psychothérapie dite non-directive de Carl Rogers prône la neutralité ou la non-intervention du thérapeute, qui doit se contenter d'écouter le patient. Pour Rogers, le traitement consiste à favoriser la reproduction des attitudes du thérapeute par le client. L'écoute du thérapeute permet au client de prêter attention à des pensées et des sentiments de plus en plus effrayants, jusqu'à l'atteinte d'un niveau d'acceptation de soi permettant les changements et les progrès.


Une communication non-violente.

Dès les années cinquante, l'Américain Carl Rogers fait l'effet d'une bombe lorsqu'il émet des doutes sur la possibilité d'enseigner quoi que se soit. Il révolutionne totalement les rapports thérapeute-patient. Il se présente sans masque, il ne joue pas le rôle d'un thérapeute, mais il est "réel", authentique, c'est à dire que ce qu'il ressent en lui est présent dans sa conscience, et qu'il est "transparent". Il n'y a rien de cacher en lui pour l'autre. Il ne joue pas à l'impassibilité et laisse voir ses émotions, que ce soit de la colère, de la sympathie, de l'amour… L'une des conditions indispensable de la thérapie est l'acceptation inconditionnelle de l'autre. La fameuse "neutralité bienveillante" est insuffisante, ce qui est soignant, c'est l'engagement affectif positif du thérapeute, l'identification profonde avec l'autre, l'empathie. Il crée la "Thérapie centrée sur la personne" ou "non-directivité" qui inspireront toutes les techniques de communication non-violente. Il y a violence dès qu'il y a prise de pouvoir de l'un sur l'autre. La voie de la non-violence passe par l'expression de soi et l'écoute de l'autre.

Nous avons là les clefs de la communication non-violente.

Isabelle FILIOZAT Alternative Non-Violente N° 95 Guérir la violence. L'apport des "psy"

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Traduction Babelfish French-English